SUITE À LA PLAINTE...
Suite à la plainte pour profanation au monument aux morts déposée le lundi 4 mai 2010
par l’association des anciens combattants d’Odomez

L’Association LE BOULON, Pôle Régional des arts de la rue, œuvre depuis plus de quinze ans pour donner la parole aux artistes, pour que sur le territoire du Valenciennois, des artistes et des populations puissent vivre des moments de rencontres et de partage.

Les Turbulentes, ce n’est pas juste un festival pour offrir toujours plus de divertissement. Ce sont des actes artistiques posés dans l’espace public pour émouvoir, questionner, faire rêver, rire et réfléchir. Quel meilleur espace que celui de tous, que celui du débat.
Cette année encore des milliers de personnes ont participé aux Turbulentes et nous adressent aujourd’hui des messages d’amitiés, de félicitations et de soutien. Le festival a aussi donné lieu à un moment très officiel de reconnaissance de notre travail, un moment de belle unité républicaine.

J’envisage mon travail dans la liberté et le Boulon comme une association utile et sociale dont la mission est d’interpeller le monde et son devenir. L’art et la culture sont l’expression libre de tous pour tous ; ils sont des outils d’ouverture, de savoir, d’émancipation et d’épanouissement indispensables à la rencontre de l’autre et au vivre ensemble.

J’ai choisi d’accueillir dans le cadre des Turbulentes la compagnie KomplexKapharnaüM dont j’apprécie depuis longtemps le travail parce que ce sont des artistes qui ont une parole engagée et sincère sur notre société. Ce qui nous unit, c’est un lien d’utopie et un même combat contre l’obscurantisme qui entretient le manque de connaissances - scientifiques, historiques, esthétiques, morales …

Je regrette que le travail de KomplexKapharnaüM ait pu être instrumentalisé à des fins politiques et populistes. Leur spectacle Mémento parle des résistances d’hier et d’aujourd’hui, des femmes résistantes, des femmes tondues à la libération, de l’esclavagisme, d’octobre 61, d’individus qui vivent différemment… Ils osent affronter les questions de l’histoire, tentent d’apporter des regards, font œuvre d’art au travers de leurs narrations urbaines.

Quelle faute a été commise ?
Celle d’avoir apposé devant le monument aux morts de Vieux-Condé un panneau pour délivrer un hommage aux résistants ?
Sur ce panneau, était inscrit en toutes lettres le témoignage de Roger Pestourie, grand résistant lyonnais, éminent dirigeant communiste sous l’occupation, cofondateur des forces unies des jeunesses patriotiques, bras droit de Jean Moulin, longtemps maire de Bron, Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres.
Ce panneau incriminé a servi de support à la projection de l’interview de Roger Pestourie, hommage aux martyrs de la résistance, aux fusillés, témoignage d’amour et cri de douleur au moment de la Libération et de l’épuration.
Dire - information très largement propagée dans la presse – que « sur ce panneau, on voit une femme nue qui se fait pincer la poitrine » alors que l’œuvre est constituée de 21 portraits de femmes et d’une gravure datant de l’inquisition montrant une scène de torture - une femme dont les seins sont pris en tenaille -, c’est faire croire indignement qu’un acte « odieux »,  « obscène », « outrageant » a été commis.

Que tout un chacun sache que personne ici n’a sali la mémoire des anciens combattants. La mémoire et le devoir de mémoire sont bien au cœur de cette « plaque commémorative Roger Pestourie » réalisée à Vieux-Condé comme l’a rappelé avec justesse la journaliste Diane Lenglet dans son article paru le 5 mai dans la Voix du Nord.

Avec Mémento, nous souhaitions dire « Passant, souviens-toi ».

 

Virginie Foucault, Directrice du Boulon - Pôle Régional des Arts de la rue et du Festival des Arts de la rue du Valenciennois
Les Turbulentes
- MAI 2010

Merci à tous les spectateurs, ami(e)s, artistes, associations, Fédération des arts de la rue, élus de tous horizons,
anonymes, qui par leurs messages, témoignages, coups de téléphone, visites, nous soutiennent dans notre résistance.

Merci à l’Association des Anciens Combattants du Pays de Condé qui a réagi avec force et dignité.

 
 
DROIT DE REPONSE DES ANCIENS COMBATTANTS DU PAYS DE CONDE suite à la plainte
Georges Ladrière, Président des Anciens Combattants du Pays de Condé
"Les 3 et 4 mai derniers, tous les médias locaux et nationaux se sont fait l'écho d'une dépêche AFP sous le titre : "Plainte contre un festival pour profanation d'un monument aux morts" à Vieux-Condé (59)
En tant qu'association des Anciens Combattants du Pays de Condé et afin de lever toute ambiguïté perceptible, nous tenons à faire valoir notre DROIT DE RÉPONSE. A savoir :
"Les Anciens Combattants du Pays de Condé se désolidarisent sans équivoque des propos tenus et des actes occasionnés par le président des ACPG-CATM d'Odomez. Ce monsieur ne doit pas connaître l'histoire de France et n'a probablement jamais entendu parler ni des résistants et résistantes de toutes époques, ni des tortures qu'ils ont subies de la part de leurs opposants, ce qu'illustrait parfaitement cette représentation d'une femme dépoitraillée à qui ont pince les seins pour la torturer et la faire avouer. Nous pensons que cet acte de dépôt de plainte est un acte évident de discrimination qui cache un fond de basse-politique qui nous est totalement étranger et que nous ne pouvons cautionner." Nous vous remercions de publier ce droit de réponse en lien avec ladite dépêche AFP ou autres articles qui s'en seraient inspirés. Pour faire valoir ce que de droit."